# Le calcul de la capacité d’autofinancement simplifié

La capacité d’autofinancement représente l’un des indicateurs financiers les plus scrutés par les analystes, les banquiers et les dirigeants d’entreprise. Ce ratio mesure avec précision les ressources internes qu’une société génère grâce à son activité courante, avant tout investissement ou distribution de dividendes. Pour les entrepreneurs et les gestionnaires financiers, maîtriser le calcul de la CAF s’avère essentiel pour piloter efficacement leur entreprise et construire une stratégie de développement pérenne. Au-delà d’une simple formule comptable, la CAF révèle la véritable capacité d’une organisation à créer de la valeur et à assurer son autonomie financière. Dans un contexte économique où l’accès au crédit bancaire devient de plus en plus sélectif, comprendre et optimiser sa capacité d’autofinancement constitue un levier stratégique majeur pour toute structure désireuse de financer sa croissance.

Définition et enjeux de la capacité d’autofinancement dans l’analyse financière

La capacité d’autofinancement correspond au surplus monétaire potentiel généré par l’entreprise au cours d’un exercice comptable. Contrairement au résultat net qui intègre des écritures purement comptables sans impact sur la trésorerie, la CAF se concentre exclusivement sur les flux financiers réels ou quasi-réels. Cet indicateur mesure donc les ressources brutes disponibles avant toute décision d’affectation, qu’il s’agisse d’investissements, de remboursements d’emprunts ou de distributions aux actionnaires.

Les enjeux liés à la CAF dépassent largement le simple cadre comptable. Pour les établissements bancaires, elle constitue le premier critère d’évaluation de la solvabilité d’une entreprise. Un ratio dette financière sur CAF supérieur à 3 ou 4 signale généralement un niveau d’endettement préoccupant. Les investisseurs, quant à eux, analysent l’évolution de la CAF sur plusieurs exercices pour apprécier la robustesse du modèle économique et la capacité de l’entreprise à créer de la valeur de manière récurrente.

Dans le référentiel français, la capacité d’autofinancement s’inscrit dans une logique de soutenabilité financière. Elle permet d’évaluer si une société peut financer son cycle d’exploitation, renouveler ses immobilisations et honorer ses engagements sans dépendre systématiquement de financements externes. Cette autonomie financière représente un facteur de résilience crucial, particulièrement en période de tensions sur les marchés financiers ou de ralentissement économique.

Les normes comptables internationales IFRS et le Plan Comptable Général français convergent sur l’importance de cet agrégat, même si les modalités de calcul peuvent présenter quelques nuances. L’essentiel réside dans la capacité à neutraliser les écritures comptables non décaissables pour obtenir une vision fidèle des flux de trésorerie générés par l’activité. Selon une étude de la Banque de France publiée en 2024, près de 68% des PME françaises affichent un ratio CAF sur chiffre d’affaires inférieur à 8%, révélant des marges de progression importantes dans l’optimisation de leur rentabilité opérationnelle.

La méthode soustractive pour calculer la CAF : analyse du résultat net

La méthode soustractive, également appelée méthode additive à partir du résultat net, constitue l’approche la plus répandue dans les cabinets comptables et les directions financières. Son principe repose sur le retraitement du résultat net comptable pour éliminer toutes les opérations qui n’ont pas géné

ait aucun impact immédiat sur la trésorerie.

Concrètement, il s’agit d’identifier dans le compte de résultat toutes les charges et produits « comptables » (amortissements, provisions, reprises, quotes-parts de subventions…) pour les retraiter et revenir à un flux monétaire potentiel. La méthode soustractive vise donc à transformer un résultat net fiscalement et comptablement construit en un indicateur de capacité d’autofinancement directement exploitable pour vos décisions de financement ou d’investissement.

Retraitement des charges calculées : dotations aux amortissements et provisions

Première étape : réintégrer dans la capacité d’autofinancement les charges calculées, c’est-à-dire les charges qui diminuent le résultat net sans générer de sortie de trésorerie. Il s’agit principalement des dotations aux amortissements, des dotations aux provisions pour risques et charges et des dotations aux dépréciations d’actifs. Ces montants représentent une perte de valeur économique estimée ou anticipée, mais ils ne correspondent pas à un paiement effectif pendant l’exercice.

Dans la formule de calcul de la CAF à partir du résultat net, ces charges calculées sont donc ajoutées :

CAF = Résultat net + Charges calculées - Produits calculés + VNC des actifs cédés - Produits de cession

Pourquoi les réintégrer ? Parce que, du point de vue de la trésorerie, l’entreprise dispose encore de ces montants : ils n’ont pas quitté le compte bancaire. En pratique, vous pouvez considérer les amortissements comme une « épargne forcée » qui vient reconstituer progressivement la capacité de renouvellement de vos immobilisations. Ne pas les réintégrer conduirait à sous-estimer la capacité d’autofinancement réelle de l’entreprise.

Réintégration de la valeur comptable des éléments d’actif cédés

Deuxième retraitement clé : la valeur nette comptable (VNC) des éléments d’actif cédés. Lorsqu’une immobilisation est vendue, la différence entre le prix de vente et sa VNC génère une plus-value ou une moins-value qui impacte le résultat net. Or, seule la partie « prix de cession encaissé » correspond à un flux de trésorerie.

La VNC, elle, est une valeur purement comptable : c’est le coût historique de l’actif diminué des amortissements cumulés. Elle a déjà été supportée par l’entreprise lors de l’acquisition de l’immobilisation et ne donne pas lieu à un nouveau décaissement lors de la cession. C’est pourquoi, dans le calcul de la capacité d’autofinancement, on ajoute la VNC des actifs cédés au résultat net pour neutraliser son effet négatif sur le résultat.

À compter des exercices ouverts au 1er janvier 2025, conformément au règlement ANC n°2022‑06, la VNC des actifs cédés se comptabilise au compte 657 – Valeur comptable des actifs cédés (ancien compte 675). En réintégrant systématiquement ce montant, vous évitez de minorer artificiellement votre CAF à cause d’écritures qui n’ont aucun impact sur votre trésorerie actuelle.

Exclusion des produits de cession d’immobilisations et quotes-parts de subventions

En miroir, il convient d’exclure du calcul de la capacité d’autofinancement certains produits qui gonflent le résultat net sans refléter une capacité récurrente de financement. C’est notamment le cas des produits de cession d’immobilisations et des quotes-parts de subventions d’investissement virées au résultat.

Les produits de cession d’immobilisations, désormais enregistrés au compte 757 – Produits des cessions d'actifs (ancien 775), traduisent bien un encaissement ponctuel. Toutefois, la CAF vise à mesurer un flux potentiel de trésorerie généré par l’activité courante, non par des opérations non récurrentes sur le patrimoine. On les soustrait donc de la formule pour éviter de surévaluer une capacité d’autofinancement qui ne se reproduira pas chaque année.

De même, les quotes-parts de subventions d’investissement (comptes 777/778 selon les cas) sont des produits calculés : la trésorerie a été encaissée par le passé, au moment de l’octroi de la subvention. Leur inscription progressive au compte de résultat n’engendre aucun flux de trésorerie nouveau. Pour obtenir une CAF fidèle à la réalité, il est donc indispensable de les neutraliser en les déduisant du résultat net.

Ajustement des charges et produits non décaissables dans le tableau de flux

Pour fiabiliser votre calcul de capacité d’autofinancement, l’idéal est de vous appuyer sur un tableau de flux inspiré du tableau des flux de trésorerie de l’Ordre des Experts-Comptables. Ce tableau part du résultat net et opère, ligne par ligne, les ajustements nécessaires sur les charges et produits non décaissables. Vous pouvez ainsi passer d’une vision purement comptable à une vision financière et prévisionnelle de votre activité.

Concrètement, vous allez :

  • ajouter toutes les charges sans décaissement (amortissements, provisions, VNC des actifs cédés) ;
  • soustraire tous les produits sans encaissement (reprises de provisions, quotes-parts de subventions, produits de cession d’actifs).

Le résultat de ces ajustements constitue votre capacité d’autofinancement, avant prise en compte des variations de besoin en fonds de roulement. Vous disposez alors d’un indicateur robuste pour simuler différents scénarios (nouveaux investissements, remboursement anticipé d’emprunts, politique de dividendes) et tester leur impact sur votre autonomie financière.

La méthode additive pour déterminer la CAF : approche par l’excédent brut d’exploitation

La seconde grande approche pour calculer la capacité d’autofinancement consiste à partir de l’excédent brut d’exploitation (EBE). On parle de méthode additive car l’EBE représente déjà une forme de « CAF partielle » centrée sur l’activité opérationnelle, à laquelle on va ajouter ou retrancher certains flux financiers et exceptionnels encaissables ou décaissables.

La formule générale est la suivante :

CAF = EBE + Produits encaissables hors EBE - Charges décaissables hors EBE

Cette méthode présente l’avantage de mettre en lumière la capacité d’autofinancement issue du cœur de métier, indépendamment de la structure de financement, des éléments exceptionnels et de la fiscalité. Elle est particulièrement pertinente si vous souhaitez analyser la performance opérationnelle et comparer plusieurs entreprises d’un même secteur sur une base homogène.

Calcul de l’EBE selon le plan comptable général

Selon le Plan Comptable Général (PCG), l’excédent brut d’exploitation se calcule à partir du résultat d’exploitation, en neutralisant les dotations aux amortissements et provisions, ainsi que certains produits et charges qui ne relèvent pas directement de l’exploitation courante. L’EBE mesure ainsi le résultat économique dégagé par l’activité opérationnelle avant prise en compte de la politique d’investissement et de financement.

De manière simplifiée, on peut écrire :

EBE = Chiffre d'affaires + Subventions d'exploitation - Achats consommés - Charges externes - Charges de personnel - Impôts et taxes (hors IS) ± Variation de stocks

L’EBE exclut donc les amortissements et provisions, les produits et charges financiers, ainsi que les éléments exceptionnels. Il constitue un indicateur de rentabilité récurrente, relativement indépendant des choix comptables. C’est pourquoi de nombreux analystes l’utilisent comme point de départ pour déterminer la capacité d’autofinancement, en y ajoutant simplement les flux financiers et exceptionnels réellement encaissés ou décaissés.

Intégration des transferts de charges d’exploitation et autres produits

Pour passer de l’EBE à la capacité d’autofinancement, il est nécessaire d’intégrer les autres produits encaissables qui n’ont pas été pris en compte dans l’EBE. Il s’agit notamment des transferts de charges d’exploitation, de certains autres produits d’exploitation, ainsi que des produits financiers et exceptionnels encaissés au cours de l’exercice.

Les transferts de charges d’exploitation (comptes 791, 796…) correspondent à des coûts initialement comptabilisés en charges, puis réaffectés à un autre poste (immobilisations, stocks, etc.). S’ils ont donné lieu à un encaissement (par exemple dans le cadre d’une refacturation à un tiers), ils doivent être intégrés dans les produits encaissables lors du calcul de la CAF. De même, les autres produits d’exploitation encaissables (indemnités d’assurance, refacturations diverses) viennent augmenter la capacité d’autofinancement.

Vous veillerez également à intégrer les produits financiers encaissés (intérêts reçus, escomptes obtenus) et les produits exceptionnels générant une entrée de trésorerie réelle. L’objectif est de compléter l’EBE par tous les flux monétaires positifs qui n’y figurent pas, afin d’obtenir une vision exhaustive des ressources internes générées par l’exercice.

Déduction des charges financières et des impôts sur les bénéfices

À l’inverse, certaines charges n’apparaissent pas dans l’EBE mais diminuent bien la trésorerie de l’entreprise. Pour déterminer la capacité d’autofinancement, il convient donc de retrancher toutes les charges financières décaissables et l’impôt sur les bénéfices effectivement payé ou à payer.

Les charges financières décaissables incluent principalement les intérêts d’emprunts (comptes 661), les intérêts des comptes courants d’associés, les agios bancaires et, le cas échéant, les intérêts sur découverts. Ces flux représentent le coût de la dette et viennent réduire la part de trésorerie qui restera disponible pour autofinancer vos projets. Ils doivent donc être soustraits de l’EBE dans le calcul de la CAF.

L’impôt sur les bénéfices (IS ou IR selon le régime) constitue également une sortie de trésorerie majeure. Même si l’IS est calculé sur le résultat fiscal, son paiement réduit directement la capacité d’autofinancement nette de l’entreprise. Dans une approche prudente, on déduit de la CAF l’impôt sur les bénéfices dû au titre de l’exercice, de manière à obtenir une estimation réaliste des ressources internes réellement mobilisables.

Traitement des participations des salariés et des éléments exceptionnels

Un autre poste à ne pas négliger dans la méthode additive est celui de la participation des salariés aux résultats (compte 691). Lorsque ce mécanisme est obligatoire ou mis en place volontairement, il entraîne un versement de trésorerie au bénéfice des salariés, généralement l’année suivante. Dans le calcul de la capacité d’autofinancement, cette participation est traitée comme une charge décaissable à déduire de l’EBE, car elle réduit la part de résultat disponible pour l’entreprise.

Concernant les éléments exceptionnels, la démarche doit rester cohérente avec l’objectif de la CAF : mesurer un flux potentiel de trésorerie récurrent. Les charges exceptionnelles décaissables (pénalités, litiges réglés, amendes) seront retranchées, tandis que les produits exceptionnels encaissables (indemnités reçues, produits d’assurance) seront ajoutés. En revanche, les dotations et reprises exceptionnelles non monétaires doivent être neutralisées, comme nous l’avons vu pour la méthode soustractive.

En pratique, la méthode additive à partir de l’EBE et la méthode soustractive à partir du résultat net convergent vers le même montant de capacité d’autofinancement. Croiser les deux approches constitue d’ailleurs un excellent test de cohérence pour vérifier l’absence d’oubli ou de mauvaise classification de certains flux dans votre calcul.

Différences entre la CAF et l’autofinancement net : le rôle des dividendes distribués

Si la capacité d’autofinancement mesure les ressources brutes générées par l’activité, l’autofinancement net tient compte des décisions d’affectation du résultat, en particulier de la distribution de dividendes. Autrement dit, la CAF répond à la question : « Combien l’entreprise a-t-elle potentiellement généré ? », tandis que l’autofinancement net indique : « Combien reste-t-il réellement pour financer les investissements et réduire l’endettement ? »

La relation entre les deux notions peut se résumer ainsi :

Autofinancement net = CAF - Dividendes distribués - Remboursements de capital d'emprunt (selon les approches)

Les dividendes versés aux associés viennent diminuer directement la trésorerie disponible. Une politique de distribution généreuse peut donc coexister avec une belle capacité d’autofinancement, tout en limitant fortement l’autofinancement net. C’est un point crucial pour les PME familiales ou les TPE, où la frontière entre rémunération du dirigeant et capacité de développement de l’entreprise est parfois ténue.

Dans une optique de diagnostic financier, il est important d’analyser conjointement la CAF et l’autofinancement net sur plusieurs exercices. Une entreprise peut afficher une CAF stable ou en hausse, mais voir son autofinancement net se dégrader à cause d’une augmentation des dividendes ou d’un alourdissement des remboursements de capital. À l’inverse, la mise en réserve d’une part plus importante du résultat permet de transformer une bonne capacité d’autofinancement en véritable levier de croissance à long terme.

Interprétation de la CAF dans le diagnostic financier des entreprises

Calculer la capacité d’autofinancement n’est qu’une première étape. L’enjeu véritable réside dans son interprétation au regard du modèle économique, du secteur d’activité et de la structure financière de l’entreprise. Une CAF de 200 000 € n’a pas la même signification pour une TPE de services numériques et pour une PME industrielle fortement capitalistique.

Pour tirer parti de cet indicateur, il convient donc de le rapporter à d’autres agrégats (chiffre d’affaires, dettes financières, investissements), de le comparer aux standards sectoriels et d’en suivre l’évolution pluriannuelle. Vous obtenez ainsi un véritable tableau de bord de la performance financière, que les banques et la Banque de France utilisent d’ailleurs massivement dans leurs propres analyses de risque.

Ratio de CAF sur chiffre d’affaires : benchmark sectoriel et normes IFRS

Le ratio CAF / chiffre d’affaires est l’un des plus utilisés pour mesurer la rentabilité opérationnelle et la capacité d’autofinancement d’une entreprise par rapport à son volume d’activité. Il exprime, en pourcentage, la part du chiffre d’affaires qui se transforme en ressources internes potentiellement disponibles pour financer la croissance ou réduire l’endettement.

À titre indicatif, de nombreux praticiens considèrent qu’une CAF représentant environ 5 % du chiffre d’affaires pour une entreprise à l’impôt sur le revenu, et autour de 10 à 15 % pour une société soumise à l’impôt sur les sociétés, constitue un niveau « confortable ». Toutefois, ces repères doivent toujours être appréciés en fonction du secteur : une start-up SaaS fortement scalable pourra viser des taux bien supérieurs, quand une industrie lourde acceptera des pourcentages plus modestes mais réguliers.

Dans un référentiel IFRS, la logique reste la même, même si les terminologies évoluent (on parlera plutôt de cash generated from operations). L’important est de s’assurer que les retraitements des éléments non monétaires sont cohérents et comparables dans le temps. En pratique, comparer votre ratio CAF/CA à des benchmarks sectoriels publiés (Banque de France, INSEE, organismes professionnels) permet de situer votre performance et d’identifier des marges d’amélioration sur les prix, les coûts ou la productivité.

Capacité de remboursement de la dette bancaire et notation banque de france

La capacité d’autofinancement joue un rôle central dans l’évaluation de votre capacité de remboursement par les banques. Le ratio le plus scruté est celui qui compare l’encours de dettes financières à la CAF :

Capacité de remboursement = Dettes financières / CAF

En règle générale, les établissements bancaires et la doctrine de place considèrent qu’un ratio inférieur à 3 (voire 4 pour certains secteurs) traduit une situation saine. Concrètement, cela signifie que l’entreprise pourrait théoriquement rembourser l’intégralité de ses dettes financières en 3 années de CAF. Au-delà, le risque perçu augmente et l’accès au crédit peut se durcir, ou se faire à un coût plus élevé.

La Banque de France intègre également la capacité d’autofinancement dans son appréciation de la cote de crédit des entreprises. Une CAF insuffisante au regard du niveau d’endettement, ou en baisse régulière sur plusieurs exercices, se traduira souvent par une dégradation de la notation, ce qui impactera vos relations bancaires, vos fournisseurs et parfois même vos clients. Suivre ce ratio de près vous permet donc d’anticiper les réactions de vos partenaires financiers et d’ajuster votre politique d’investissement ou de distribution.

Analyse comparative CAF versus flux de trésorerie d’exploitation selon le tableau OEC

La capacité d’autofinancement est parfois confondue avec le flux de trésorerie d’exploitation. Les deux notions sont proches, mais pas identiques. La CAF mesure un flux potentiel, sans tenir compte des variations de besoin en fonds de roulement (BFR), alors que le flux de trésorerie d’exploitation intègre ces variations et reflète un flux réel de trésorerie sur la période.

Le tableau de flux de trésorerie recommandé par l’Ordre des Experts-Comptables (tableau OEC) permet de passer de la CAF au flux de trésorerie d’exploitation en ajoutant ou en retranchant les variations de stocks, créances clients et dettes fournisseurs. Ainsi, une entreprise peut présenter une CAF solide mais un flux de trésorerie d’exploitation faible, voire négatif, si son BFR augmente fortement (par exemple à cause de délais de paiement clients trop longs).

Comparer régulièrement votre CAF au flux de trésorerie d’exploitation vous aide à identifier si les tensions de trésorerie proviennent d’un problème de rentabilité (CAF insuffisante) ou d’un problème de gestion du BFR (décalage encaissements/décaissements). Cette analyse fine est indispensable pour choisir les bons leviers : revoir votre politique tarifaire et vos coûts, ou au contraire travailler sur les délais de règlement, le recouvrement et la négociation fournisseurs.

Applications pratiques du calcul simplifié de la CAF pour les PME et TPE

Pour les dirigeants de PME et TPE, la capacité d’autofinancement n’est pas qu’un concept théorique. C’est un véritable outil de pilotage, simple à mobiliser au quotidien pour sécuriser la trésorerie, préparer un financement bancaire ou arbitrer entre plusieurs projets d’investissement. Une fois vos retraitements paramétrés avec votre expert-comptable, vous pouvez suivre votre CAF de manière trimestrielle, voire mensuelle, grâce à un tableau de bord automatisé.

Concrètement, comment utiliser ce calcul simplifié de la CAF ? D’abord, pour vérifier avant toute décision majeure (achat de machine, recrutement clé, ouverture d’un nouveau site) si vos ressources internes suffisent à absorber l’effort financier. Ensuite, pour dialoguer d’égal à égal avec votre banquier, en présentant une capacité de remboursement chiffrée et argumentée. Enfin, pour ajuster votre politique de dividendes, en trouvant le bon équilibre entre rémunération des associés et financement de la croissance.

La CAF sert également de base à vos prévisionnels financiers. En projetant votre capacité d’autofinancement sur 3 ou 5 ans, avec plusieurs scénarios de chiffre d’affaires et de marges, vous mesurez la faisabilité de votre business plan et identifiez à l’avance les périodes de tension à couvrir par un crédit de trésorerie ou une ligne de financement complémentaire. En ce sens, maîtriser la CAF revient à se doter d’une boussole stratégique fiable, qui vous aide à transformer une simple donnée comptable en avantage compétitif durable.