# Comment construire un tableau des flux de trésorerie pertinent
La gestion de la trésorerie constitue l’un des piliers fondamentaux de la santé financière d’une entreprise. Sans une vision claire des mouvements de liquidités, même une société rentable peut se retrouver en difficulté de paiement. Le tableau des flux de trésorerie représente bien plus qu’un simple document comptable : il s’agit d’un outil stratégique qui permet d’analyser comment votre entreprise génère et utilise son cash au quotidien. Contrairement au compte de résultat qui mesure la rentabilité ou au bilan qui photographie le patrimoine à un instant T, ce tableau révèle la dynamique réelle des liquidités sur une période donnée. Maîtriser sa construction devient ainsi indispensable pour anticiper les besoins de financement, optimiser les décisions d’investissement et démontrer la solidité financière aux partenaires bancaires ou investisseurs.
Les trois composantes essentielles du tableau des flux de trésorerie selon IAS 7
La norme comptable internationale IAS 7 structure le tableau des flux de trésorerie autour de trois catégories distinctes qui reflètent les différentes facettes de l’activité économique d’une entreprise. Cette segmentation permet une lecture analytique précise de l’origine et de la destination des liquidités. Chaque composante répond à une question spécifique : l’exploitation génère-t-elle suffisamment de cash ? Les investissements sont-ils soutenables ? Comment l’entreprise se finance-t-elle ? Cette approche tripartite offre une grille de lecture universellement reconnue, facilitant la comparaison entre entreprises et secteurs d’activité. La compréhension approfondie de ces trois flux constitue la première étape pour bâtir un tableau pertinent et exploitable.
Flux de trésorerie liés aux activités opérationnelles : méthode directe vs méthode indirecte
Les flux opérationnels représentent le cœur battant de votre entreprise. Ils traduisent la capacité à générer du cash à partir de l’activité principale, c’est-à-dire la vente de biens ou services. La norme IAS 7 autorise deux méthodes de présentation, chacune offrant un éclairage différent. La méthode directe liste tous les encaissements clients et tous les décaissements fournisseurs, salaires, charges sociales et impôts. Elle offre une transparence totale mais nécessite un système d’information comptable sophistiqué pour tracer chaque mouvement de trésorerie. En pratique, moins de 5% des entreprises cotées l’utilisent en raison de sa complexité.
La méthode indirecte, largement dominante, part du résultat net et procède à des ajustements successifs pour éliminer les éléments non monétaires. Cette approche reconstruit le flux de trésorerie en retraitant les amortissements, provisions, variations de stocks, créances clients et dettes fournisseurs. Elle présente l’avantage de réconcilier directement le résultat comptable avec la génération de cash, facilitant ainsi l’analyse pour les utilisateurs des états financiers. Quelle que soit la méthode choisie, le montant final des flux opérationnels reste identique ; seule la présentation diffère.
Flux de trésorerie liés aux activités d’investissement : acquisitions et cessions d’actifs immobilisés
Cette section reflète la politique d’investissement de l’entreprise et son impact sur la trésorerie. Les flux d’investissement englobent principalement les acquisitions d’immobilisations corporelles (machines, équipements, bâtiments) et incorporelles (brevets, logiciels, marques), ainsi que les prises de participation dans d’autres sociétés. Du côté des encaissements, on retro
Du côté des encaissements, on retrouve les produits de cession d’immobilisations (vente d’un véhicule, d’une machine, d’un immeuble) ainsi que les remboursements de prêts accordés à des tiers ou la cession de titres de participation. Ces flux de trésorerie d’investissement sont le plus souvent négatifs dans les entreprises en croissance, car elles consacrent une partie importante de leur cash à préparer le futur. À l’inverse, un flux d’investissement durablement positif peut traduire une politique de désengagement ou de recentrage, parfois symptomatique d’un manque d’opportunités ou de difficultés à financer la croissance. L’enjeu, pour vous, consiste donc à apprécier si le niveau d’investissement est cohérent avec la stratégie annoncée et avec la capacité de l’exploitation à générer des liquidités suffisantes pour le financer.
Dans la construction du tableau des flux de trésorerie, chaque acquisition d’actif immobilisé est présentée en décaissement, même si elle est financée par crédit bancaire ou crédit-bail. Le financement apparaît, lui, dans la section dédiée aux flux de financement. Cette séparation stricte entre l’investissement et son mode de financement est au cœur de la logique d’IAS 7 : elle permet de comprendre, comme à travers une loupe, si c’est l’activité, la cession d’actifs ou l’endettement qui alimente réellement la trésorerie de l’entreprise.
Flux de trésorerie liés aux activités de financement : dividendes, emprunts et remboursements
Les flux de trésorerie de financement traduisent la façon dont l’entreprise se finance auprès de ses actionnaires et de ses créanciers. On y trouve les encaissements liés aux augmentations de capital, aux émissions d’obligations, aux nouveaux emprunts bancaires ou aux apports en comptes courants d’associés. En contrepartie, cette section enregistre les sorties de cash constituées par le remboursement du principal des emprunts, le rachat d’actions propres et le versement de dividendes aux actionnaires. En un coup d’œil, vous visualisez ainsi si l’entreprise est plutôt dans une phase de levée de fonds ou de désendettement.
Une entreprise saine, sur le long terme, doit idéalement financer ses investissements récurrents grâce à ses flux de trésorerie opérationnels, et non en empilant les dettes. Lorsque le tableau des flux de trésorerie montre que les investissements ne sont possibles qu’au prix d’une augmentation constante de l’endettement, le risque de tension de trésorerie future devient important. À l’inverse, une société mature qui génère un cash opérationnel abondant peut se permettre de verser des dividendes significatifs tout en réduisant son niveau d’emprunts. L’analyse conjointe des flux de financement et du free cash-flow vous aide donc à apprécier la soutenabilité de la politique de distribution et de la structure de capital.
Variations de périmètre et impact des devises étrangères sur les flux
Dans un groupe qui réalise des acquisitions, des cessions de filiales ou qui opère dans plusieurs pays, les flux de trésorerie ne se limitent pas aux simples encaissements et décaissements opérationnels. Les variations de périmètre (entrée ou sortie de sociétés consolidées) génèrent des flux spécifiques, souvent présentés séparément dans le tableau des flux de trésorerie. Par exemple, l’acquisition d’une filiale est enregistrée en flux d’investissement pour le prix payé, corrigé de la trésorerie détenue par la cible au moment de la prise de contrôle. Cette présentation permet d’éviter de “compter deux fois” la trésorerie de la filiale.
De même, lorsque vous avez des filiales en devises étrangères, les variations de change entre le début et la fin de la période viennent modifier mécaniquement le montant de la trésorerie consolidée, sans qu’aucun flux réel n’ait eu lieu. IAS 7 impose de présenter ces écarts de conversion dans une rubrique spécifique, afin de distinguer les variations de trésorerie “réelles” des effets purement comptables liés au change. Pour un lecteur externe, cette information est essentielle : elle évite d’interpréter à tort une simple fluctuation de devises comme une amélioration ou une détérioration de la génération de cash.
Construction méthodologique du tableau par la méthode indirecte
Dans la pratique, la grande majorité des entreprises construisent leur tableau des flux de trésorerie selon la méthode indirecte. Cette approche part du résultat net comptable et le transforme, étape par étape, en flux de trésorerie réellement encaissés ou décaissés. On pourrait la comparer à un mécanisme de filtrage : vous partez d’un chiffre “pollué” par des écritures d’inventaire, des amortissements et des décalages de facturation, puis vous retirez progressivement tous les éléments non cash pour ne conserver que les véritables mouvements de liquidités. L’avantage de cette méthode est double : elle s’appuie sur les états financiers déjà disponibles et elle permet de réconcilier directement la performance comptable avec la performance en trésorerie.
Pour construire un tableau des flux de trésorerie pertinent par la méthode indirecte, vous suivrez généralement quatre grandes étapes. D’abord, le retraitement du résultat net pour neutraliser les charges et produits calculés (amortissements, provisions, résultats de cession). Ensuite, l’ajustement des variations du besoin en fonds de roulement, poste par poste (stocks, créances, dettes d’exploitation). Puis, l’élimination des effets des cessions d’actifs pour les reclasser dans les flux d’investissement. Enfin, le traitement des éléments non cash plus complexes, comme les stock-options, les provisions pour retraites ou les impôts différés. Prenons chaque étape dans l’ordre.
Retraitement du résultat net : amortissements, provisions et charges calculées
La première étape consiste à passer du résultat net comptable à une capacité d’autofinancement “brute”, c’est-à-dire avant prise en compte des variations de besoin en fonds de roulement. Concrètement, vous ajoutez au résultat net toutes les charges qui n’ont pas donné lieu à décaissement durant la période : amortissements des immobilisations, dépréciations, provisions pour risques et charges, dotations aux provisions sur stocks et créances, etc. Inversement, vous retranchez les produits qui n’ont pas généré d’encaissements, comme les reprises de provisions, certains produits de quote-part de résultat de sociétés mises en équivalence ou des produits calculés.
Cette étape est essentielle, car elle corrige l’un des biais majeurs du résultat comptable : l’étalement dans le temps de certaines charges au moyen de l’amortissement. Une machine amortie sur cinq ans n’entraîne qu’une charge annuelle au compte de résultat, alors que la sortie de trésorerie a eu lieu dès la première année. En ajoutant les amortissements au résultat, vous “reconstituez” la ressource de trésorerie potentielle générée par l’activité. À l’issue de ces retraitements, vous obtenez un indicateur très proche de la capacité d’autofinancement (CAF), point de départ de la construction des flux de trésorerie d’exploitation.
Ajustement des variations du besoin en fonds de roulement : stocks, créances clients et dettes fournisseurs
Une fois la CAF déterminée, il faut intégrer les décalages temporels entre facturation et encaissement ou entre engagement de dépenses et décaissement. C’est le rôle de l’ajustement du besoin en fonds de roulement (BFR). Le BFR regroupe les principaux postes d’exploitation du bilan : stocks, créances clients et autres créances d’exploitation, dettes fournisseurs et dettes sociales et fiscales. Une augmentation du BFR signifie que l’entreprise a “immobilisé” davantage de trésorerie dans ses stocks ou dans les crédits consentis aux clients ; c’est donc une consommation de cash. À l’inverse, une baisse du BFR libère de la trésorerie.
Dans le tableau des flux de trésorerie, on calcule la variation de chaque poste entre le début et la fin de la période. Par exemple, si les créances clients passent de 800 k€ à 1 000 k€, la variation de +200 k€ se traduit par une diminution de 200 k€ de la trésorerie opérationnelle, car l’entreprise a plus de ventes non encore encaissées. De même, si les dettes fournisseurs augmentent, cela correspond à un financement à court terme accordé par les fournisseurs et donc à une ressource de trésorerie. En agrégeant ces variations, vous ajustez la CAF pour obtenir le flux net de trésorerie généré par les activités opérationnelles, avant investissement et financement.
Élimination des plus-values et moins-values de cession d’actifs
Le résultat net intègre souvent des plus-values ou moins-values de cession d’actifs immobilisés (vente d’un bâtiment, d’une filiale, d’un portefeuille de titres). Or, ces résultats de cession n’ont pas leur place dans les flux de trésorerie d’exploitation, puisqu’ils relèvent de la politique d’investissement. Pour éviter de mélanger les genres, la méthode indirecte impose de neutraliser ces éléments dans la partie “flux opérationnels” du tableau. Concrètement, on retranche du résultat net la plus-value de cession (ou on ajoute la moins-value), puis on enregistre le produit de cession total en encaissement dans les flux d’investissement.
Pourquoi cette gymnastique peut-elle sembler déroutante au premier abord ? Parce qu’elle rappelle qu’une plus-value comptable n’est pas un flux de trésorerie à part entière, mais la différence entre un prix de vente encaissé et une valeur nette comptable déjà amortie au fil des années. Seul le prix de vente correspond au cash effectivement reçu à la date de la transaction. En reclassant systématiquement ces montants dans la section d’investissement, vous garantissez une lecture fidèle des flux de trésorerie liés à l’activité courante, sans qu’ils soient artificiellement gonflés ou déprimés par des opérations exceptionnelles.
Traitement des éléments non-cash : stock-options, provisions pour retraites et impôts différés
Au-delà des amortissements et provisions classiques, certains éléments non-cash plus techniques nécessitent une attention particulière lors de la construction du tableau des flux de trésorerie. C’est notamment le cas des paiements fondés sur des actions (stock-options, actions gratuites), des engagements de retraite ou d’indemnités de fin de carrière, et des impôts différés. Ces postes peuvent avoir un impact significatif sur le résultat sans entraîner de mouvements de trésorerie immédiats, voire sans en générer à court terme.
Par exemple, la comptabilisation d’une charge de paiement fondé sur des actions vient diminuer le résultat opérationnel, alors que l’entreprise ne verse aucun cash à ses collaborateurs sur la période : il s’agit d’une rémunération en capitaux propres. De même, la dotation à une provision pour retraites augmente les charges, mais la trésorerie ne sortira que bien plus tard, lors du paiement effectif des prestations. Dans le tableau des flux de trésorerie, ces charges doivent donc être réintégrées au résultat net dans la partie “ajustements”, comme les autres charges calculées. Quant aux impôts différés, ils représentent un écart entre la charge d’impôt comptable et l’impôt effectivement payé ; seule cette dernière composante doit être retenue comme décaissement dans les flux opérationnels.
Utilisation d’excel et des logiciels comptables pour automatiser le tableau
Construire un tableau des flux de trésorerie pertinent à partir de données brutes peut rapidement devenir chronophage si vous vous contentez de copier-coller depuis vos états financiers. C’est là qu’Excel et les principaux logiciels comptables (SAP, Sage, QuickBooks, etc.) deviennent de véritables alliés. L’enjeu n’est plus seulement de produire un tableau une fois par an pour les comptes de clôture, mais de disposer d’un outil semi-automatisé capable de mettre à jour les flux de trésorerie à chaque clôture mensuelle ou trimestrielle. En investissant un peu de temps dans la structuration initiale, vous gagnez ensuite en fiabilité, en rapidité et en capacité d’analyse.
Vous pouvez imaginer votre fichier Excel comme un “pont” entre la comptabilité générale et votre tableau des flux de trésorerie. D’un côté, des extractions détaillées par comptes ou journaux issus de votre ERP ; de l’autre, des onglets de synthèse qui agrègent et reclassent automatiquement les mouvements en trois grandes catégories : exploitation, investissement et financement. Les fonctions avancées d’Excel (SOMME.SI.ENS, RECHERCHEV ou INDEX/EQUIV, tableaux croisés dynamiques, Power Query) permettent de construire ce pont de manière robuste, tout en limitant les erreurs de saisie manuelle.
Formules excel avancées : SOMME.SI.ENS, RECHERCHEV et tableaux croisés dynamiques pour les flux
Pour automatiser le calcul des flux de trésorerie, la fonction SOMME.SI.ENS est probablement votre meilleure alliée. Elle permet de sommer les montants de trésorerie en fonction de plusieurs critères : numéro de compte, nature de flux, période, sens (débit/crédit). Vous pouvez, par exemple, additionner tous les mouvements de comptes bancaires liés aux clients sur un mois donné pour reconstituer les encaissements d’exploitation. Combinée à des tables de correspondance, cette fonction offre une grande souplesse pour paramétrer votre tableau sans réécrire des formules à chaque nouvelle période.
RECHERCHEV (ou, de préférence, INDEX + EQUIV pour plus de robustesse) est utile pour faire le lien entre un plan de comptes et la catégorie de flux à laquelle chaque compte appartient. Vous créez un onglet “mapping” dans lequel vous associez chaque compte à “exploitation”, “investissement” ou “financement”, puis vous laissez Excel affecter automatiquement les mouvements à la bonne rubrique. Enfin, les tableaux croisés dynamiques permettent de résumer en quelques clics des milliers de lignes de journaux de banque ou de comptabilité, en filtrant par période, par compte ou par entité. Vous disposez alors d’une base de données structurée à partir de laquelle alimenter votre tableau des flux de trésorerie.
Extraction des données depuis SAP, sage ou QuickBooks vers le tableau de flux
La qualité de votre tableau des flux de trésorerie dépend en grande partie de la qualité de vos extractions comptables. Que vous utilisiez SAP, Sage, QuickBooks ou un autre ERP, l’objectif reste le même : obtenir des données suffisamment détaillées (par compte, par journal, par période) pour pouvoir les reclasser proprement dans Excel. Dans SAP, par exemple, vous pouvez extraire les journaux de trésorerie (banque, caisse) et les balances de comptes clients/fournisseurs par période ; dans Sage ou QuickBooks, des exports au format CSV ou Excel sont généralement disponibles pour les écritures comptables ou les relevés bancaires.
L’idéal est de standardiser ces extractions : même ordre de colonnes, mêmes intitulés, même format de date, etc. Pourquoi ? Parce que cela permet ensuite de brancher une fois pour toutes vos requêtes Excel (ou Power Query) sur ces fichiers, sans avoir à tout reparamétrer à chaque clôture. Vous réduisez ainsi drastiquement le risque d’erreur et le temps nécessaire à la mise à jour du tableau. Dans les PME comme dans les groupes, cette automatisation progressive transforme le tableau de flux de trésorerie en un véritable outil de pilotage, et non plus en un simple exercice de clôture annuelle.
Création de templates dynamiques avec power query et power pivot
Pour aller plus loin, les modules Power Query et Power Pivot d’Excel permettent de créer de véritables modèles dynamiques de tableau des flux de trésorerie. Power Query sert à importer, nettoyer et transformer automatiquement les données brutes en provenance de vos logiciels comptables : vous pouvez par exemple fusionner plusieurs fichiers d’extraction, filtrer certains journaux, pivoter des colonnes ou ajouter des colonnes calculées. Une fois la requête paramétrée, une simple actualisation suffit pour charger les nouvelles données de la période suivante.
Power Pivot, de son côté, vous aide à modéliser les relations entre vos différentes tables (plan de comptes, mouvements, mapping des flux) et à construire des tableaux de bord synthétiques. En combinant ces deux outils, vous pouvez bâtir un template de tableau des flux de trésorerie quasi autonome, qui recalculera les flux opérationnels, d’investissement et de financement dès que les écritures comptables seront mises à jour. Ce type de modèle est particulièrement précieux si vous gérez plusieurs entités ou plusieurs devises : il vous permet d’obtenir une vision consolidée des flux de trésorerie en quelques minutes, là où un traitement manuel prendrait plusieurs heures.
Analyse de la capacité d’autofinancement et du free cash-flow
Une fois le tableau des flux de trésorerie construit, la question clé devient : que faire de toutes ces informations ? Deux indicateurs jouent ici un rôle central : la capacité d’autofinancement (CAF) et le free cash-flow (flux de trésorerie disponible). La CAF mesure la ressource de trésorerie potentielle générée par l’activité courante, avant prise en compte des variations de BFR et des investissements ; le free cash-flow, lui, s’intéresse à la trésorerie réellement disponible après avoir financé les investissements nécessaires au maintien ou au développement de l’outil de production. En d’autres termes, la CAF répond à la question “combien l’activité produit-elle de cash ?”, tandis que le free cash-flow répond à “que reste-t-il une fois que l’on a investi pour l’avenir ?”.
Dans une optique de pilotage, le free cash-flow est souvent l’indicateur le plus scruté par les investisseurs et les banquiers. Un free cash-flow durablement positif signifie que l’entreprise dégage un surplus de trésorerie après avoir financé ses besoins d’investissement, qu’elle peut ensuite utiliser pour se désendetter, distribuer des dividendes ou réaliser des acquisitions. À l’inverse, un free cash-flow négatif n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle s’il est expliqué par une politique d’investissement volontaire pour soutenir la croissance ; tout l’enjeu est alors de vérifier que ces investissements génèreront à terme des flux opérationnels suffisants. En suivant régulièrement l’évolution de la CAF, du BFR et du free cash-flow, vous disposez d’un tableau de bord puissant pour arbitrer entre croissance, rentabilité et solidité financière.
Normes IFRS vs normes françaises PCG : différences de présentation du tableau
Selon que votre entreprise établit ses comptes en normes IFRS ou selon le Plan Comptable Général (PCG) français, la présentation du tableau des flux de trésorerie peut différer sensiblement. Les IFRS, via IAS 7, imposent un tableau de flux de trésorerie pour les sociétés cotées et préconisent une présentation structurée en trois grandes catégories (exploitation, investissement, financement), avec une attention particulière portée aux effets de change et aux variations de périmètre. En France, le PCG rend le tableau des flux obligatoire pour certaines entités, mais laisse davantage de latitude sur la forme, notamment via les modèles de l’Ordre des experts-comptables (OEC) ou de la Banque de France.
Les principales différences portent sur le classement de certains flux (par exemple, les intérêts et les dividendes peuvent, en IFRS, être présentés en exploitation ou en financement/investissement selon les politiques comptables retenues) et sur le niveau de détail exigé. En PCG, le tableau de financement historique mettait l’accent sur les ressources stables et les emplois durables, alors que le tableau des flux de trésorerie IFRS se concentre davantage sur les mouvements de liquidités à court terme. Si vous évoluez dans un environnement international ou si vous préparez une ouverture du capital, il est donc crucial d’aligner votre tableau sur les exigences IAS 7 pour faciliter la lecture de vos états financiers par des investisseurs étrangers.
Cas pratiques sectoriels : retail, industrie manufacturière et sociétés de services
La construction d’un tableau des flux de trésorerie pertinent ne se fait pas dans le vide : elle doit refléter les spécificités du secteur dans lequel vous évoluez. Prenons le cas du retail (commerce de détail). Dans ce secteur, les flux de trésorerie d’exploitation sont souvent très élevés, car les ventes sont encaissées rapidement (voire immédiatement) tandis que les achats auprès des fournisseurs bénéficient de délais de paiement. Le BFR peut même être négatif, ce qui signifie que l’entreprise se finance en partie grâce à ses fournisseurs. Le tableau des flux montre alors des flux d’exploitation largement positifs, qui financent à la fois les investissements (aménagements de magasins, systèmes informatiques) et, éventuellement, une politique de distribution de dividendes.
Dans l’industrie manufacturière, la situation est bien différente. Les cycles de production longs, les stocks de matières premières et de produits finis importants, ainsi que les créances clients parfois à 60 ou 90 jours, pèsent fortement sur le BFR. Le tableau des flux de trésorerie met souvent en évidence des variations de BFR significatives, susceptibles de consommer une part importante de la CAF. Les investissements industriels (usines, machines, lignes de production) génèrent également des flux d’investissement négatifs récurrents. Pour ce type d’entreprise, l’analyse fine des flux de trésorerie permet de vérifier si l’activité génère suffisamment de cash pour financer ces besoins structurels, ou si un recours régulier à l’endettement est nécessaire.
Enfin, dans les sociétés de services (conseil, IT, SaaS, etc.), la structure de flux est encore différente. Les investissements matériels sont souvent limités, mais le BFR peut être tendu en raison de délais d’encaissement clients parfois longs, surtout dans les prestations B2B. Dans les modèles d’abonnement (SaaS), le cash peut être encaissé en amont (abonnements annuels payés d’avance), ce qui génère un BFR négatif et des flux d’exploitation particulièrement solides. Le tableau des flux de trésorerie devient alors un outil précieux pour comprendre si la croissance du chiffre d’affaires s’accompagne d’une création de valeur en cash, ou si elle se fait au prix d’une dégradation du BFR. En adaptant votre lecture du tableau aux spécificités de votre secteur, vous transformez cet état financier en véritable instrument de pilotage stratégique.